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 [18+] Car elle était magicienne, car elle était chasseuse de monstres... [5 de Chaabane 1002]

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۞ 1ère apparition : 12/06/2017

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Fiona

MessageSujet: [18+] Car elle était magicienne, car elle était chasseuse de monstres... [5 de Chaabane 1002]   Dim 25 Juin - 15:05

Je suis chasseuse de monstres


C'était la troisième fois que Fiona fuyait tête baissée. Elle ne le faisait non pas par inadvertance mais parce que son regard avait perdu de son éclat. Sa confiance en elle avait été soufflé une fois encore, il n'y avait rien de plus dur à supporter. Elle s'était voulue fière sur le moment mais ce faux semblant avait rapidement périclité. C'était une fille honnête et elle ne put considérer plus longtemps les forbans auxquels elle faisait face.

Quelques jours auparavant, Fiona avait accepté la difficile mission d'occire un dragon qui menaçait les voyageurs proches d'une région au Sud de Remano. Elle avait d'abord hésité à conclure le contrat, mais devant l'insistance de cette poignée de marchands et bonshommes, et leur promesse de récompense alléchante, elle accepta. Retrouvée à parcourir ces landes, ce territoire de maquis aux rivières fraîches, aux arbrisseaux courts, empli pourtant de gazouillis d'oiseaux, elle avait peu à peu réussi à remonter la piste de la créature. Sans dormir depuis près de deux nuits, elle ne relâchait pas sa traque, ne s'arrêtant seulement que pour entretenir sa lame lorsque les derniers rayons du soleil s'évanouissaient. Sa concentration vacillait mais elle ne lâchait rien, elle voulait sa prime plus que tout, et ce le plus vite possible. L'important était aussi d'écarter la menace rapidement pour éviter de futures victimes. Ce fut au cours de cette dernière nuit qu'elle sentit un souffle, comme si une masse venait de la survoler. Dans cette obscurité, Fiona ne put reconnaître ce qui était passé au dessus d'elle, mais elle gageait que cela ne pouvait être que sa cible, ce dragon. Consciente qu'elle ne pourrait suivre un ennemi volant très longtemps, elle opta pour chercher un point perché dans les environs. Si la créature avait effectué un vol si bas, c'était que son nid n'était pas si loin.

Sur une élévation rocheuse, elle put apercevoir avec les premières lueurs du jour une anomalie, cette ombre dansante et inquiétante qui venait tout juste de rabattre ses ailes. Le dragon. Elle s'approcha le plus discrètement possible, et fit le tour de cette rocaille pour y escalader d'un côté non découvert. A plat ventre au sol, Fiona vit à des dizaines de mètres d'elle la créature, portant intérêt à sa progéniture encore sous forme d’œufs. Le problème était plus grave qu'il n'y paraissait. Si Fiona ratait son coup, la région serait sous le joug d'une invasion rapide et dévastatrice. De sa position, elle ne put compter qu'une dizaine d’œufs, elle fronça les sourcils et plissa les yeux pour mieux voir la créature de profil. Ce qu'elle vit alors lui força un sourire en coin, elle se sentait bien plus d'attaque à présent. Se dressait face à la chasseuse de monstres une bête de plus en plus rare sur le continent, sa queue d'écailles et longue y faisait penser mais ses plumes sur le corps et ses ailes de chauve souris avaient tout pour rappeler le cocatrix qu'elle était. Enfin sa tête et ses pattes avaient tout du coq. Si le soulagement de ne pas combattre un véritable dragon l'étreignit, elle ressentit une certaine appréhension. Fiona n'était pas vraiment prête à affronter un cocatrix ici, sur cette élévation où peu de mouvements étaient envisageables. De plus, ne rien préparer contre le souffle empoisonné de la bête était une idiotie toute fondée. Elle n'eut plus le temps de renoncer, si elle revenait en arrière, si elle hésitait encore, elle aurait peut-être bien plus de créatures à tuer à son retour. Sans plus d'infos sur le stade d'éclosion des œufs, il fallait seulement faire vite.

La bête ne l'avait pas encore dénichée alors Fiona s'équipa de son djinn sous forme partielle, se releva et en un instant fondit sur la créature sans lui laisser plus de temps pour s'envoler. Le coup fut moins précis que ce qu'elle escompta. Le cocatrix esquiva tant et si bien qu'il put lui asséner un violent coup de bec qui vint la heurter au bras gauche. Hurlant de par la rage du combat et de la douleur de la blessure encourue, Fiona redoubla d'intensité dans ses mouvements super rapides et put porter quelques coups d'estocs dans le corps de la créature qui, par instinct de survie, tenta la fuite par les airs. Maladroitement, la créature sauta de l'élévation rocheuse et si elle tomba de quelques mètres avant de reprendre un vol incertain, elle commençait déjà à s'éloigner. Fiona, qui ne se plaignait pas de son bras gauche en triste état, sentait le sang couler de la plaie et frissonnant de douleur, elle ferma les yeux, faisant appel à ses dernières ressources de magoï disponibles. Le regard fixé sur la créature qui semblait pouvoir abandonner son nid aisément, Fiona se mit en position de début de course et sa vitesse d'élan fut prodigieuse. Il le fallait car elle se trouvait actuellement dans les airs après un bond si conséquent qu'elle avait rattrapé la bête qui peinait à s'éloigner rapidement de la chasseuse. La gravité la ramena bien vite dans un souci évident. Cependant, la manœuvre fut un franc succès, elle tomba tout droit sur le cocatrix qui sous le poids de la jeune femme fut emporté dans sa chute, sans aucun moyen de lutter de ses ailes fatiguées. Fiona asséna de multiples coups à la créature en vol, ignorant sa blessure, l'adrénaline la maintenait en état de combattre encore. Le lac en contre-bas lui fit prendre conscience qu'elle courait à sa perte et avant même qu'elle ne put réaliser censément la chose, elle tombait déjà tout droit vers les abysses. Dans un sursaut de survie, elle tenta de retourner à la surface, affolée qu'elle était et éprouvée. Elle put rejoindre les bords de l'étang avant de s'y écrouler pour une bonne dizaine de minutes, haletant face contre terre, son épée toujours à sa main droite, sa plaie toujours ouverte et à présent ô combien douloureuse.

Fiona reprit ses esprits et maudissant de ne pouvoir retrouver aucune preuve, elle fit le tour en inspectant les berges du lac. Cette attention lui prit une heure encore, portant sa main contre son bras, accablé d'une douleur si aiguë. Elle retrouva la tête du cocatrix qu'elle avait détaché du reste d'un coup fatal durant sa chute, puis la plaça dans un sac de cuir qu'elle avait spécialement ramené pour. Trouvant un linge blanc dans sa panoplie, elle put bander son bras gauche avec les dernières forces de son bras droit restantes. Elle songea au souffle empoisonné, son regard s'obscurcit puis la chasseuse de monstres reprit calmement la route, les dents serrées. Elle retrouva un peu plus tard dans la matinée les marchands qui l'avaient contactée auparavant. Au lieu d'une bourse bien remplie, on lui jeta seulement des insultes. Lorsqu'elle présenta épuisée et à bout de forces le sac contenant la tête du cocatrix, on s'interdit de lui donner quelques pièces que ce fut. L'idée avait été d'occire un dragon, pas une créature semblable à un grand coq volant. Fiona n'eut même pas le temps de négocier plus que cela, tandis que certains commençaient déjà à la menacer de mort. Trop lasse et trop choquée pour encore avoir à combattre, elle quitta les lieux à toute jambe, étonnée de pouvoir encore fuir à cette vitesse. Et ce fut là, que sa confiance en elle-même s'était écroulée un temps, dans cette longue fuite en avant... Et le plus terrible était qu'elle songeait encore dans un coin de sa tête aux nombreux œufs censés éclore.

Perdant foi, perdant haleine, midi passé, elle put pénétrer à Remano,
se figurant qu'à la capitale, elle pourrait se faire oublier un temps des campagnes proches et de sa malhonnêteté. Ce n'était pas la première fois qu'elle était embauchée pour un travail de fait gratuit et même chassée de force. Valsant un petit peu dans les ruelles de Remano, la douleur de sa blessure la saisissant toujours plus encore, elle souriait idiotement en songeant aux précédents fois. On lui avait il y a quelques années empêchée de boire ne serait-ce qu'au puits d'un village pour des raisons bien obscures et la fois où elle avait vaincu un tigre à dent de sabre, elle avait été reçu par ses détracteurs avec une meute de chiens enragés après elle. Souvenirs... Dans une volonté de survie plus que d'autre chose, elle passa la porte d'un bordel pourtant peu encline à passer du temps dans ce genre d'endroit à l'accoutumée. L'endroit était un sale taudis, tenu par une courte patte rousse à la calvitie bien engagée. L'homme fut agréablement séduit et surpris par l'apparition de cette demoiselle-ci, tandis qu'autour plus d'un client retourna de ses affaires vers la jeune femme aux cheveux blancs. Car la pièce entière pourvue comme une taverne, de chaises et de tables rondes de bois pourri, était en fait le paradis de la luxure engagée et sans pudeur.

A moins de 5 mètres de Fiona, un homme tout juste dans sa trentaine venait de rejeter sa semence dans les yeux d'une femme à la poitrine engageante mais au visage imparfait et carré. Saisissant l'ambiance dans laquelle elle se situait, Fiona n'eut même pas le temps de songer à autre chose qu'elle fonça vers le tenancier. Elle semblait prête à s'effondrer, après deux nuits sans repos, ni même nourriture, ce combat si âpre et cette fuite amère. Ses cernes en témoignaient, sa voix qui se cassait et son ton éreinté aussi.



« Un alcool très fort je vous prie, un distillat m'irait très bien même, rapidement. »



Tous ceux qui entendirent s'en roulèrent les poignets. Une cible si alléchante, complètement épuisée et sur le point de se torcher. Ils oublièrent même l'épée, trop concentrés à examiner son fessier et ses formes. Après tout, pourquoi se farcir ces cageots quand on pouvait obtenir ce petit ange là au comptoir ? Et l'ambiance si propre à ces endroits délicats se poursuivait. Il arrivait même qu'en certains moments, le tenancier tendît des pièges aux infortunées demoiselles trop curieuses ou naïves qu'il croisait, leur proposant une affiche dans son "luxueux établissement". Quelques d'entre elles ce jour-ci étaient de celles-là, prises au piège, espérons que ce furent les dernières, alléchées par une fausse promesse de célébrité.

 
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۞ 1ère apparition : 07/05/2017

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Lei

MessageSujet: Re: [18+] Car elle était magicienne, car elle était chasseuse de monstres... [5 de Chaabane 1002]   Mar 11 Juil - 16:54


Car elle était magicienne, car elle était chasseuse de monstre
05/07/1002

Lei déposa un lourd panier de bijoux Torrans sur le sol, devant l’étalage désigné à sa caravane, et entreprit de les attacher à la table, au toit amovible et aux barres de suspensions dans un joyeux désordre organisé qui était sa marque de fabrique. Même si les bijoux semblaient être disposés au hasard, Lei les avait accrochés de telle sorte à ce que l’ensemble soit harmonieux, jouant le plus souvent sur les couleurs. Elle avait eu l’aide enthousiaste de Thaïs qui adorait jouer au jeu « assortir les couleurs » depuis qu’elle était petite. C’était une invention de Feng, la mère de Lei, pour faire participer les enfants et ça avait remporté un grand succès.

Les musiciens se dirigeaient en ce moment même vers la scène des artistes et Jing avait demandé à participer cette fois-ci, Lei était donc chargée de la remplacer pour la matinée. Sa cousine avait la particularité d’être douée dans la plupart des choses qu’elle faisait – ça avait provoqué pas mal de frictions lorsqu’elles étaient adolescentes – et si le marchandage était sa spécialité dans la caravane, elle jouait également de la guitare entre autres instruments. Jing était parfaite de l’avis de Lei et ça l’avait longtemps grandement énervée.

Elle prit un collier et grimaça en voyant le nœud qui l’attachait avec un bracelet, ou deux pour ce qu’elle en devinait. Elle s’assit à côté de son panier, mit une mèche rebelle derrière son oreille d’où elle s’échappa instantanément et entreprit la difficile tâche de désemmêler ces bijoux récalcitrants. Son père eut le temps de finir de mettre en place les marchandises alimentaires avec son beau-fils et sa mère de mettre un peu d’ordre dans les affaires déjà sur place lorsque Lei finit de démêler son nœud. Elle eut une exclamation de victoire qui attira l’attention de son entourage qui lui servit un même regard surpris mêlé d’interrogation. Un sourire étincelant graciant ses lèvres, la femme expliqua la situation avec sa nonchalante insouciance habituelle. Tao lâcha une remarque narquoise qui fit serrer les dents à Lei, elle s’interdit pourtant de répliquer. Elle ne savait pas comment il se débrouillait mais elle semblait toujours en tort lorsqu’ils se disputaient, elle n’avait pas envie de ça pour aujourd’hui. Hua arriva alors avec Ling et les enfants et Lei réclama de l’aide avec un regard malicieux. Ne s’y trompant pas, Adil courut vers elle et se mit au garde-à-vous, prêt à prendre en charge la mission qu’elle allait lui donner. La magicienne lui expliqua donc ce qu’elle était en train de faire et bientôt Adil se tenait aux côtés de Thaïs, des bijoux pleins les mains, autour du cou et sur la tête (à la mode porte-bijoux humain), pendant que Thaïs les accrochait. Lei demanda à Hua de passer vérifier de temps en temps et alla voir sa mère qui triait leurs papiers avec un visage concentré. Habituellement elle ne la dérangerait pas mais elle voulait aller visiter la ville. Comme c’était une journée relativement calme, c’était sans doute le meilleur moment pour s’éclipser.

« — Hum, oui, bien sûr, tu peux… marmonna distraitement sa mère.
— Merci maman, fit gentiment Lei avec un sourire avant d’ajouter malicieusement. Mais je ne faisais que t’en informer. »

Feng lui lança un regard sévère et Lei gloussa en s’éloignant. Elle adorait rappeler à sa mère qu’elle n’avait plus besoin de sa permission, ça faisait toujours réagir la très calme mais autoritaire Feng. Lei ramassa sa lance qu’elle avait posée dans un coin pour faire son boulot et entreprit de déambuler dans les rues. Elle ne se déplaçait plus sans depuis qu’elle s’était perdue dans la foule sans possibilité d’en ressortir, deux jours plus tôt. Ça avait été un moment assez horrible et elle s’était sentie devenir claustrophobe pendant quelques minutes. Elle en avait développé une grande sympathie pour les réels claustrophobes.

La magicienne déambula dans les rues sans vraiment savoir où elle allait, admirant les monuments qu’elle croisait sans vraiment les chercher, observant les échanges entre les citoyens ou avec les étrangers. La seule contrainte qu’elle s’était imposée était d’éviter les foules. Elle allait éviter les foules encore un certain temps, elle ne supporterait pas les bousculades ou même la sensation d’écrasement donné par les corps transpirants pressés contre le sien. C’était une réaction un peu stupide sûrement mais elle avait plutôt mal vécu son dernier bain de foule. Elle ne savait toujours pas comment elle s’en serait sortie si elle n’avait pas suivi le magicien aux rukhs noirs.

Absorbée par les bâtiments au style si différent de ce qu’elle avait vu avant, elle ne fit pas vraiment attention à la direction qu’elle prenait. Lei était déjà venue à Remano il y avait plusieurs années mais elle avait oublié à quel point l’architecture semblait différente ici, elle dégageait quelque chose de… majestueux que d’autres pays ne dégageaient pas. Son cœur gardait en favori les tipis de son enfance mais l’architecture de ce pays la charmait. Ses pas guidés par le hasard – ou le Destin, qui sait – s’aventurèrent dans des ruelles plus délabrées. Lei se rendit compte assez vite du changement d’atmosphère mais décida de continuer. Elle ne s’était jamais aventurée dans les quartiers malfamés de la capitale mais avait déjà rencontré des individus en provenant. Ce n’était pas glorieux mais, armée de sa lance, elle ne se faisait pas d’inquiétude pour sa sécurité. Elle était amplement capable de se défendre et la curiosité la gagnait à présent qu’elle était dans ces lieux.

Un bâtiment attira son œil. Blanchâtre, décoré, des personnes déambulaient devant la porte. Il paraissait presque trop propre pour une ruelle de ce genre – même s’il aurait été loin d’être considéré comme propre dans une autre rue. Si elle ne décela rien de vraiment étrange au premier regard – excepté peut-être quelques femmes qui ressemblaient à des prostitués, ce qui lui mit la puce à l’oreille – Lei avait un sentiment étrange à la vue du bâtiment. Remarquant sans doute qu’elle regardait le bâtiment d’un œil curieux, un homme s’approcha de Lei avec un sourire de vendeur et un œil concupiscent, interrompant ses pensées par une phrase doucereuse. Si le regard de la magicienne se fit légèrement méfiant, Lei lui retourna un sourire agréable. Il lui fit la conversation quelques instants, en bon marchand, puis l’invita à entrer dans le bâtiment, son regard trahissant une émotion soudainement plutôt malsaine. Lei n’y fit pas attention, son esprit déjà concentré sur ce qu’il pouvait bien y avoir derrière cette porte. L’homme avait vaguement parlé d’une possible affiche qui la ferait accéder à la célébrité mais Lei n’avait pas vraiment retenu ce détail. Elle n’était pas du genre à chercher à être connu de tous, ou plutôt elle ne recherchait pas l’attention que la célébrité apporte. Elle aimait connaître du monde mais préférait le faire en tant qu’amie, ce qui expliquait qu’elle n’avait portée qu’une attention légère sur cette partie du discours. Sa main se resserra légèrement sur sa lance et elle hocha la tête en direction de l’homme avec un sourire. Elle pressentait vaguement que c’était une mauvaise idée mais elle était définitivement trop curieuse pour refuser. Sans compter que ce n’était pas comme si elle risquait grand-chose, sa lance était un moyen de dissuasion efficace – quoique la notion de dissuasion était discutable dans ce genre de rues malfamées – ainsi qu’une arme tout à fait convenable.

Lorsqu’il ouvrit la porte pour l’y pousser, Lei comprit pourquoi un mauvais pressentiment l’avait parcouru. Le terme « bordel » était trop poli pour décrire un tel établissement. Si l’extérieur paraissait relativement accueillant, l’intérieur n’était que débauche. Elle se sentit légèrement gênée à la vue de ces « couples » faisant leurs affaires sans honte à la vue de tous et concentra son regard sur le bar, seul endroit qui semblait relativement ignoré des couples. Loin d’être ignorante en la matière, elle avait déjà croisée quelques hommes ou femmes avec qui elle avait passé du bon temps, elle n’était cependant que rarement entrée dans un bordel et la gêne la gagnait à chaque fois. Cette fois-ci plus particulièrement, elle n’avait jamais vu une telle débauche et une telle luxure en une même pièce de sa vie. Elle eut le temps d’apercevoir une chevelure blanche comme neige au comptoir avant de sentir un bras invasif s’enrouler autour de sa taille et des lèvres humides se plaquer dans son cou. Devenue raide, une grimace de dégoût sur le visage, Lei manipula sa lance de telle sorte à ce que la pointe supérieure se retrouve proche du visage de l’homme, sifflant d’une voix légèrement sarcastique :

« — Vous devriez me lâcher avant que je n’abîme votre si charmant visage. »

Elle le sentit se reculer précipitamment, l’insultant et jurant à qui mieux mieux. Le regard méprisant de Lei se tourna vers lui un instant avant qu’elle ne reporte son attention sur le bar. En elle, le désir de quitter cet établissement immédiatement se disputait avec la curiosité de savoir à qui appartenait la chevelure blanche qu’elle avait entraperçue. A présent qu’elle avait saisi l’ambiance dans laquelle elle se trouvait, elle sentait les regards dérangeants parcourir son corps. De ce qu’elle avait rapidement remarqué, les femmes n’étaient pas toutes particulièrement engageantes. De façon objective la magicienne pouvait donc comprendre pourquoi elle attirait tant de regards, ce qui ne lui plaisait pas pour autant. Son regard émeraude accrocha de nouveau la chevelure couleur neige qu’elle cherchait et elle s’aperçut qu’elle appartenait à une jeune femme. Sensiblement de son âge – peut-être un peu plus âgée –, celle-ci semblait passablement amochée et épuisée et le verre devant elle semblait ne pas contenir d’eau, ce qui inquiéta passablement Lei.

Conduite par son inquiétude et sans vraiment prendre le temps de réfléchir comme à son habitude, la Torran se dirigea vers l’inconnue, reléguant les autres occupants du bâtiment à l’état de fond sonore et visuel sans importance. Ce fut en s’approchant que Lei se rendit compte que sa chevelure était loin d’être son seul avantage physique. La femme devant elle était belle et Lei rendait silencieusement hommage à sa beauté. Elle avait rarement vu pareille joliesse, surtout dans un tel lieu. S’installant à ses côtés, Lei offrit un sourire au tenancier avant de commander un verre. Si ce n’était pas de l’alcool trop fort, il était certain que cela ferait tourner les têtes à plus d’un. Lei le savait mais ne s’en inquiétait pas, elle avait une bonne résistance à l’alcool et il lui faudrait plus d’un verre pour être cuite. Les regards chargés d’envie étaient toujours posés sur sa silhouette peu habillée mais Lei s’efforçait de les oublier. Elle aurait aimé être un peu plus couvert à cet instant-là mais il était vrai qu’elle n’avait pas prévu de finir dans un bordel des rues malfamées, raison pour laquelle elle n’était vêtue que de sa jupe relativement courte et de son débardeur tout aussi court qui constituaient sa tenue habituelle. Son regard curieux se tourna vers sa voisine et elle contempla les signes évidents d’une fatigue écrasante. Les cernes en premier lieu mais également une certaine lassitude dans son regard. Un regard aux reflets mouvants hypnotisant, un émeraude bien plus étincelant que le sien, de son avis, bien que passablement terne en ce moment même. Ses yeux tombèrent plus bas pour la détailler et s’écarquillèrent légèrement en contemplant le tissu imprégné d’un vermeil sanglant qui dut être blanc autrefois sur son bras gauche. Elle était salement blessée et son bandage ne valait pas grand-chose.

Son verre lui fut enfin servi et Lei remercia le tavernier d’un nouveau sourire. Ce n’était pas tant qu’elle voulait le charmer qu’un réflexe venu de son éducation. Elle avait toujours été élevée dans une atmosphère particulière, presque protégée au sein de l’archipel puis de la caravane, aussi son sourire était une sorte d’automatisme à présent. Elle but une gorgée, fermant les yeux pour s’habituer à la chaleur alcoolisée qui descendit le long de sa gorge, et attendit quelques instants après avoir ouvert les yeux que le tenancier s’éloigne de quelques pas pour avoir une pseudo intimité. Elle prit enfin la parole, son regard fixé sur son verre.

« — Tu devrais soigner cette blessure ou tu vas te vider de ton sang. »

Lei releva la tête pour la regarder avec un sourire amical, légèrement mal à l’aise mais concentrée sur l’inconnue qui semblait relativement normale pour faire abstraction du reste de la population de l’établissement.

« — Je m’appelle Lei et… » Son regard parcourut rapidement la salle, une légère grimace ourlant ses lèvres, avant qu’il ne revienne sur la femme aux cheveux de neige avec un infime sourire embarrassé. « Je ne sais pas vraiment ce que je fais ici, on ne va pas se mentir. » Elle la détailla une seconde, restant silencieuse, avant de regarder ses yeux émeraudes et de continuer, légèrement embarrassée. « Et toi, tu n’as pas l’air d’être une cliente… ni une prostituée. »

Lei se fustigea légèrement d’avoir laissé tomber ce mot cru de cette manière mais elle n’était pas réputée pour sa délicatesse. Elle avait tendance à ne pas réfléchir avant de parler et il lui arrivait souvent de regretter ses mots. Cette fois-ci cependant elle ne reprit pas la parole pour se corriger, elle ne savait tout simplement pas quoi dire pour rester polie ou « correcte ». Sans compter que dans un endroit pareil la politesse semblait être au niveau du plancher : bien bas et recouvert d’une certaine couche de crasse.
©Elena Chase


HRP:
 


Merci à Hilel pour la signa ♥️
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۞ 1ère apparition : 12/06/2017

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Fiona

MessageSujet: Re: [18+] Car elle était magicienne, car elle était chasseuse de monstres... [5 de Chaabane 1002]   Jeu 7 Sep - 20:18

À celui qui fut, est et sera...



Certaines se seraient senties envahies par ces regards insistants, d'autres auraient piqué la mouche, peu enclines à être perçues comme des bouts de viande. Fiona, elle, était seulement trop ravagée par la fatigue, renforcée plus encore par son jeûne. Face à elle, le tenancier aux pattes courtes qui venait de lui laisser le verre face à elle. Trop confiant en sa boisson, il ne se permit même pas de demander le paiement en retour. Il était évident que le bougre songeait qu'il obtiendrait son dû tôt ou tard. Derrière elle, un événement commun se produisit, mais elle ne se retournait même pas. Un client tentait une approche tactile sur l'une des nombreuses prétendantes du coin. Ce qu'il récolta fut une menace cinglante et sûrement suffisante, Fiona n'en sut pas plus, sans avoir à inspecter la scène. La chasseuse de monstres était restée devant le comptoir, le bras droit posé, devant une contemplation silencieuse de ce remontant. Elle semblait vraiment ailleurs. Dans son esprit, mille idées entrèrent en collision. Les principales concernaient son empoisonnement, ternissant l'éclat naturel de son regard. Les autres étaient pour cette famille qu'elle n'avait plus ou encore pour celle qu'elle aurait dû avoir. En un mot, l'idée de mort l'entourait de son étreinte glaciale.

Une inconnue vint s'approcher du comptoir, commandant elle aussi un peu de réconfort. Fiona reconnut sans mal que cette femme là était celle qui s'était ardemment défendue de quelques attouchements quelques minutes auparavant. La chasseuse de monstres ne voulut émettre aucun jugement sur cette personne, que sa tenue fût légère ou que ses gestes dussent se montrer trop provocateurs. Fiona lui accorda un très bref regard, ne l'apercevant qu'à peine. Elle comprit qu'elle eut à faire avec une jeune femme aux cheveux ébènes, aux yeux d'une semblable couleur que les siens. Rien ne fut remarqué de plus précis pour la blanche chevelure. Dans d'autres circonstances, elle se serait sûrement attardée à la détailler, ou même à se comparer à elle, si l'humeur lui en était. En ce jour, la lassitude la gagnait, son seul objectif était de trouver une solution à son problème... toxique. Quoiqu'elle ne s'intéressait pas à cette natte qu'elle ne remarqua même pas, Fiona put sentir le poids de plus d'un regard sur elle. Était-ce son état qui la faisait penser que cette jeune femme non loin la contemplait aussi ? Au moins, la belle dame réunissait tout le monde pour une idée commune: la sauter.

Sans savoir qu'un regard s'était posé sur sa blessure, Fiona porta machinalement sa main droite à son bras gauche, serrant du mieux qu'elle le pût le linge vermeil. Dans son dos, deux hommes saisirent par les cheveux châtains une quarantenaire amochée par le labeur. Les deux disposant de leur engin à l'air, ils disposèrent ce morceau de bonne femme sur une table qui grinça déjà sous le poids. Là, l'un lui saisit les chevilles et l'autre les poignets. Bien que sûrement habituée à des pratiques de cet acabit, la femme semblait affolée mais par une maîtrise de soi inattendue; se laissait faire, sans trop de gémissements face à une brutalité non contrôlée. Quand l'un lui entama l'anus sans crier gare, elle brailla, allongée sur le ventre, sur cette table poisseuse de boissons commandées peu avant. Pour seule compensation, l'autre, plus timide, se saisit de son sexe et le faisant tournoyer fièrement un moment, eut la brillante idée de lui ôter toute action de paroles pour la mener vers une action plus saine. La tenant fermement, elle n'eut d'autre choix que d'engloutir ce qui se présenta alors à elle. Les deux hommes étaient ravis et leurs gémissements en témoignaient, tandis que les yeux rougis de la femme lâchaient quelques larmes. Pour Fiona, ce ne fut qu'un bruit de fond, qu'elle ne put même pas analyser, qu'elle ne comprit pas et qui ne l'intéressait pas. Elle n'en eut pas conscience.

Peu avant, la jeune femme aux cheveux noirs s'était essayée à ouvrir une discussion avec Fiona, qui ne dévoilait à son interlocutrice que son œil gauche et sa cicatrice marquée. Quand cette femme se présenta, Fiona s'accorda à lui adresser un regard plus appuyé, mais pourtant forcé. La chasseuse de monstres vit une fraîcheur étonnante dans le regard de Lei et quelque chose d'exotique. Quand le mot "prostituée" tomba, les deux hommes avaient commencé leurs réjouissances.


« Et pourtant, je suis une femme qui aime être payée pour les services qu'elle rend. »

À l'accoutumée, la charmante demoiselle aurait passé une de ses mains dans les cheveux, tentant un clin d’œil ravageur, ou aurait au moins esquissé un sourire pour souligner une subtile plaisanterie. Sans connaître Fiona, des idées pouvaient émerger d'un esprit fatigué comme le sien. Elle avait son regard terne qui appuyait davantage les cernes qu'elle arborait et la lenteur de ses mouvements.



« Si on m'avait dit qu'on se recroiserait à nouveau dans un endroit de débauche avant ça, je me serais refusé moi-même ta douce couche, Fiona. »



La phrase tomba aussi dure qu'un marteau sur une enclume et si soudainement qu'un orage en plein été. Fiona mit quelques secondes à identifier celui qui lui avait lancé fièrement son entrée en matière. À moins d'une dizaine de mètres, se trouvait un colosse qui venait de descendre les dernières marches d'un escalier de bois flotté. Large d'épaules, les pectoraux saillants, cet homme était la représentation d'une virilité assumée et de durs jours de labeur ou d'entraînement. Aucun être ne pouvait avoir un corps pareillement sculpté par des années de paresse. Son torse complètement dénudé affichait de multiples tatouages aux encres variées. Il était une oeuvre d'art vivante, aussi bien pour le corps qu'il affichait que pour le dessin qu'il détenait sur sa propre peau. Pourtant, de multiples cicatrices venaient défaire la perfection, bariolant l'individu de toute part, notamment à hauteur de sa joue gauche par la présence de deux cicatrices jumelles. Ceci faisait si bien écho à la propre cicatrice de la demoiselle aux cheveux blancs que cela en devenait perturbant. De longs cheveux fins et noirs comme les nuits d'hiver étaient tenus par un tissu pourpre enroulé dans ses cheveux, servant de bandeau. L'imposante carrure de l'homme dénotait avec le sourire calculateur et malsain qu'il arborait tout juste. Ses yeux d'un vert clair se posaient sur les deux demoiselles, d'abord lentement sur Lei puis ne quittant plus la blessée. Cet homme qui se rapprochait d'elles était le seul des lieux à encore bénéficier d'un pantalon, celui ci ample et découpé au niveau des genoux, recouvert en partie par une étoffe légèrement pendante qu'il arrangeait autour de ses hanches.

L'homme passa juste à côté de Lei sans lui accorder trop d'importance et prit une mèche de cheveux blancs dans sa patte droite. Il la respira longuement et relâcha avant de rire, en tournant les talons vers la sortie. Il fut impossible qu'il ne vît pas sa blessure au bras.

« Je me tire d'ici, Fiona, je dois retourner au camp de Casoair. On est dans le coin en ce moment, passe nous voir à l'occasion. »

Son ton fut sans réelle intention de la persuader, y allant davantage par fausse courtoisie qu'autre chose. Il quittait déjà l'établissement, sans que l'atmosphère de luxure n'ait changé. Le regard que Fiona adressa à cet homme lorsqu'il tenait ses cheveux et lorsqu'il s'éloigna par la suite, mêlait dégoût profond et une passion inavouable. Cette étincelle soudaine de sentiments contraires put étonner ceux qui s'en aperçurent. Fiona, chamboulée par ces très courtes retrouvailles et harassée comme peu auparavant, laissa tomber son regard au bas du comptoir et murmura comme pour elle-même mais d'une voix encore audible :


«... Le Charognard. »



Pour toi, ma Charogne:
 
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[18+] Car elle était magicienne, car elle était chasseuse de monstres... [5 de Chaabane 1002]
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